Une douleur à l’épaule qui réveille la nuit, un bras qu’on ne lève plus au-dessus de la tête, et une échographie qui parle de « calcification du supra-épineux ». Si vous passez vos journées les bras en l’air, la question vient vite : est-ce que mon travail y est pour quelque chose, et la Sécurité sociale peut-elle le reconnaître ?
La réponse est moins simple que pour une tendinite classique de l’épaule. La forme calcifiante obéit à une règle particulière, souvent ignorée, qui change toute la stratégie de votre dossier.

Ce que recouvre la tendinopathie calcifiante du supra-épineux
Le supra-épineux est l’un des tendons de la coiffe des rotateurs, ce groupe de muscles qui stabilise l’épaule et permet d’écarter le bras du corps. Dans la forme calcifiante, des dépôts de calcium se forment dans l’épaisseur du tendon.
Ces calcifications peuvent rester silencieuses pendant des années. Puis une crise survient, parfois très douloureuse.
Le diagnostic repose sur l’examen clinique et l’imagerie (radiographie, échographie, IRM selon les cas). Pour un dossier de maladie professionnelle, ce compte rendu d’imagerie sera la pièce la plus regardée. Gardez-en une copie.
Si vous cherchez une présentation générale des tendinopathies de cette zone et de leurs formes non calcifiantes, consultez notre article sur la tendinopathie du supra-épineux comme maladie professionnelle. Ici, on se concentre sur la forme calcifiante et sur la manière de la faire reconnaître.
Pourquoi le tableau 57 ne suffit pas
Les troubles de l’épaule liés au travail relèvent du tableau 57 des maladies professionnelles du régime général. Depuis sa réécriture en 2011, ce tableau vise des tendinopathies de la coiffe des rotateurs expressément « non calcifiantes ».
| Affection visée par le tableau 57 (épaule) | Délai de prise en charge | Exposition exigée |
|---|---|---|
| Tendinopathie aiguë non rompue non calcifiante | 30 jours | Bras décollé à 60° ou plus, au moins 3 h 30 par jour en cumulé |
| Tendinopathie chronique non rompue non calcifiante, objectivée par IRM | 6 mois (exposition de 6 mois) | 60° ou plus au moins 2 h par jour, ou 90° ou plus au moins 1 h par jour |
| Rupture partielle ou transfixiante de la coiffe, objectivée par IRM | 1 an (exposition d’un an) | Mêmes seuils que la forme chronique |
Conséquence directe : une tendinopathie calcifiante ne bénéficie pas de la présomption d’origine professionnelle. Vous ne pouvez pas vous contenter de prouver que vous remplissez les conditions de durée et de gestes.
Mais ce n’est pas une impasse. Si l’imagerie montre aussi une rupture de la coiffe, la situation peut se présenter autrement, et c’est à votre médecin de décrire précisément ce qu’il constate. N’essayez surtout pas d’obtenir une rédaction de complaisance, le médecin-conseil verra les examens.
La voie de la reconnaissance hors tableau
L’article L. 461-1 du Code de la sécurité sociale prévoit une porte de sortie pour les maladies qui ne figurent dans aucun tableau. La maladie peut être reconnue si deux conditions sont réunies :
- elle est directement et principalement causée par votre travail habituel,
- elle entraîne une incapacité permanente prévisible d’au moins 25 %, ou le décès.
Le dossier est alors examiné par le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), composé de médecins. Il donne un avis qui s’impose à la caisse.
Franchement, le seuil de 25 % est le vrai obstacle. Pour une épaule, il suppose des séquelles lourdes et durables. Beaucoup de dossiers s’arrêtent là, et mieux vaut le savoir avant d’engager des mois de procédure.
Le médecin-conseil fixe ce taux prévisible au vu de votre état. Préparez ce rendez-vous sérieusement, avec vos examens et la description concrète de vos limitations (notre article sur les pièges du rendez-vous avec le médecin-conseil vous y aidera).
Les démarches pas à pas
- Votre médecin établit un certificat médical initial qui décrit la lésion et évoque son lien possible avec le travail.
- Vous adressez à la CPAM la déclaration de maladie professionnelle, avec ce certificat. Le délai de principe est de 15 jours après l’arrêt de travail, mais un retard ne vous prive pas de vos droits tant que la prescription de deux ans n’est pas acquise.
- La caisse instruit le dossier : questionnaires à vous et à l’employeur, parfois enquête, examen par le médecin-conseil.
- Si la maladie est hors tableau et le taux prévisible suffisant, le dossier part au CRRMP.
Décrivez vos gestes de travail avec précision dans le questionnaire : nombre d’heures bras levés, poids manipulés, cadences, ancienneté au poste. Les formules vagues (« travail pénible ») ne servent à rien. Notre fiche sur les gestes et postures au travail donne le vocabulaire utile.

Ce que change la reconnaissance, et ce qui se passe en cas de refus
Une maladie reconnue d’origine professionnelle ouvre des droits plus favorables qu’un arrêt maladie ordinaire : indemnités journalières plus élevées, soins pris en charge sans avance de frais dans la limite des tarifs de la Sécurité sociale, protection renforcée contre le licenciement pendant l’arrêt.
Après consolidation, s’il reste des séquelles, un taux d’incapacité permanente est fixé. En dessous de 10 %, vous recevez une indemnité en capital. À partir de 10 %, une rente.
Si votre épaule ne vous permet plus de reprendre votre poste, le médecin du travail peut proposer un aménagement ou conclure à une inaptitude. Les règles particulières de l’inaptitude d’origine professionnelle s’appliquent alors, avec des indemnités de rupture doublées.
En cas de refus de la CPAM, vous disposez de deux mois pour former un recours amiable, puis vous pouvez saisir le pôle social du tribunal judiciaire. Lisez attentivement le courrier de refus : il indique l’instance compétente selon que la contestation porte sur un point médical ou administratif.
Et si vous estimez que votre employeur connaissait le risque sans rien faire, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur peut améliorer votre indemnisation. Sur ce terrain, l’aide d’un avocat en droit de la sécurité sociale devient vraiment utile.
Questions fréquentes sur la tendinopathie calcifiante d’origine professionnelle
La tendinopathie calcifiante figure-t-elle dans le tableau 57 ?
Non. Depuis la réécriture du tableau 57 en 2011, les tendinopathies de la coiffe des rotateurs qui y figurent sont précisées « non calcifiantes ». Une forme calcifiante doit passer par la reconnaissance hors tableau, devant le comité régional.
Quel taux d’incapacité faut-il pour une reconnaissance hors tableau ?
Pour une maladie qui ne figure dans aucun tableau, le taux d’incapacité permanente prévisible doit atteindre au moins 25 %, ou la maladie doit avoir entraîné le décès. Ce taux est estimé par le médecin-conseil avant la transmission au comité.
Combien de temps la CPAM a-t-elle pour répondre ?
La caisse dispose en principe de 120 jours francs pour statuer sur une maladie professionnelle. Si le dossier est transmis au comité régional, un nouveau délai de 120 jours s’ouvre.
Que faire si la CPAM refuse la reconnaissance ?
Vous pouvez former un recours amiable dans les deux mois suivant la notification du refus, puis saisir le pôle social du tribunal judiciaire si le refus est maintenu. Les voies et délais sont indiqués sur le courrier de la caisse.







