Vous approchez de la soixantaine et une question revient sans cesse : combien vais-je toucher ? Le relevé de carrière affiche des trimestres, des points, des caisses aux sigles obscurs, et rien ne ressemble à un montant clair.
Pourtant, la logique du calcul n’est pas si compliquée. Une fois les deux étages de la retraite compris, vous pouvez vérifier vous-même l’ordre de grandeur de votre future pension.

Deux étages : retraite de base et retraite complémentaire
Un salarié du privé perçoit deux pensions qui s’additionnent :
- la retraite de base, versée par l’Assurance retraite (la Carsat en région, la Cnav en Île-de-France)
- la retraite complémentaire, versée par l’Agirc-Arrco
Les deux fonctionnent par répartition : les cotisations des actifs financent les pensions des retraités du moment. Mais leur mode de calcul diffère du tout au tout. La base raisonne en trimestres et en salaire moyen, la complémentaire en points.
Les anciens sigles brouillent encore les pistes. La Cnav a longtemps été appelée Cnavts, comme nous l’expliquons dans notre fiche sur la Cnavts et l’Assurance retraite, et les Cram sont devenues des Carsat en 2010.
Le calcul de la pension de base du salarié
La formule tient en une ligne :
Pension annuelle brute = salaire annuel moyen × taux × (trimestres au régime général ÷ durée d’assurance requise)
| Élément | Ce qu’il recouvre |
|---|---|
| Salaire annuel moyen | Moyenne des 25 meilleures années, salaires revalorisés et retenus dans la limite du plafond de la Sécurité sociale |
| Taux | 50 % au maximum (taux plein), moins en cas de décote |
| Trimestres validés | Trimestres cotisés et assimilés (chômage indemnisé, maladie, maternité…) au régime général |
| Durée d’assurance requise | Nombre de trimestres fixé selon votre année de naissance |
Prenons un exemple hypothétique. Un salarié a un salaire annuel moyen de 30 000 €, part au taux plein avec tous ses trimestres. Sa pension de base sera de 30 000 × 50 % = 15 000 € bruts par an. S’il lui manque une partie des trimestres, le dernier rapport réduit ce montant d’autant.
Le plafond de la Sécurité sociale a une conséquence directe. Les cadres aux salaires élevés voient leur pension de base plafonnée, et c’est la complémentaire qui fait la différence.
L’âge légal de départ et la durée requise dépendent de votre année de naissance. La réforme de 2023 a relevé l’un et allongé l’autre, avec un calendrier aménagé depuis. Vérifiez votre situation exacte avant de vous projeter.
Décote et surcote
Partir sans tous ses trimestres coûte cher. Le taux de 50 % baisse de 0,625 point par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres, soit un taux minimum de 37,5 %. Cette décote est définitive.
À l’inverse, chaque trimestre travaillé au-delà de l’âge légal et de la durée requise donne droit à une surcote de 1,25 %. Et à 67 ans, le taux plein est acquis d’office.
Le calcul de la retraite complémentaire Agirc-Arrco
L’Agirc avait été créée en 1947 pour les cadres, l’Arrco en 1961 pour les non-cadres. Les deux régimes ont fusionné le 1er janvier 2019 en un régime unique.
Le principe des points est simple. Chaque année, vos cotisations sont converties en points en les divisant par la valeur d’achat du point. Au départ, vous multipliez le total de vos points par la valeur de service du point.
Pension complémentaire annuelle brute = nombre de points × valeur de service du point
Ces deux valeurs sont fixées chaque année par les partenaires sociaux. Le rapport entre elles détermine le rendement de vos cotisations, c’est pourquoi un même effort de cotisation ne rapporte pas le même nombre de points selon les années.
Le malus temporaire de 10 %, appliqué depuis 2019 à ceux qui partaient dès l’obtention du taux plein, a été supprimé fin 2023. Vous trouverez plus de détails dans notre article dédié à la retraite complémentaire des salariés.
Ces points proviennent des cotisations prélevées sur votre salaire, et pour une large part de celles versées par votre employeur. Notre fiche sur la cotisation patronale revient sur leur fonctionnement.
Fonctionnaires, contractuels et indépendants
Pour un fonctionnaire, la logique change. La pension se calcule sur le traitement indiciaire brut des 6 derniers mois, avec un taux maximum de 75 %. Les primes, elles, alimentent une retraite additionnelle par points, le RAFP.
Les contractuels de la fonction publique dépendent du régime général pour la base et de l’Ircantec pour la complémentaire.
Les artisans et commerçants sont rattachés au régime général depuis 2020 pour la base, avec une complémentaire propre. Les professions libérales relèvent de la CNAVPL et de leur section professionnelle.
Si vous avez cotisé à plusieurs régimes alignés (salarié, salarié agricole, indépendant), vos pensions de base sont calculées comme si vous n’aviez relevé que d’un seul régime. C’est le mécanisme de liquidation unique, en place depuis 2017.
Comment estimer votre future pension
Inutile de tout calculer à la main. Le site officiel info-retraite.fr regroupe tous vos régimes et propose :
- votre relevé de carrière, consultable à tout moment
- un simulateur qui estime le montant selon votre âge de départ
- la demande de retraite en ligne, unique pour tous vos régimes
À partir de 55 ans, vous recevez aussi une estimation indicative globale, renouvelée tous les 5 ans. C’est le bon moment pour faire un point complet, comme nous le détaillons dans notre article sur le bilan retraite.
Mon conseil : vérifiez votre relevé de carrière dès maintenant, sans attendre la dernière ligne droite. Une période d’emploi oubliée ou un trimestre de chômage non reporté se corrige bien plus facilement avec les justificatifs encore en main.
Et si vous envisagez de partir plus tôt, regardez les dispositifs de carrière longue ou de cessation anticipée, présentés dans notre page sur la préretraite.
Questions fréquentes sur le calcul de la retraite
La règle des 25 meilleures années vaut-elle pour tout le monde ?
Non. Elle concerne la retraite de base des salariés du privé et des indépendants rattachés au régime général. Pour un fonctionnaire, la pension se calcule sur le traitement indiciaire des 6 derniers mois, hors primes.
Le montant estimé est-il brut ou net ?
Les simulateurs affichent en général un montant brut. Des prélèvements sociaux s’appliquent ensuite selon votre revenu fiscal, puis l’impôt sur le revenu. L’écart avec le net peut être sensible.
Peut-on racheter des trimestres manquants ?
Oui, sous conditions, pour des années d’études supérieures ou des années où vous avez validé moins de 4 trimestres. Le coût est élevé et dépend de votre âge et de vos revenus. Faites une simulation avant de vous décider.
À quel âge obtient-on le taux plein automatiquement ?
À 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres validés. Avant cet âge, le taux plein dépend de votre durée d’assurance ou de votre situation (inaptitude, handicap, carrière longue).



