Le prélèvement est revenu impayé. Vous appelez votre ex, pas de réponse. Le mois suivant, la banque vous écrit à vous, alors que vous pensiez que chacun réglait sa moitié.
Cette situation est très fréquente après une rupture. Et elle se dégrade vite si personne ne bouge, parce que le prêteur, lui, ne s’intéresse pas à votre séparation.
Le bon réflexe tient en trois temps : protéger votre dossier bancaire, documenter ce que vous payez, puis sortir de l’indivision ou du prêt pour de bon.
Pourquoi la banque se tourne vers vous
Quand vous avez signé à deux, vous êtes co-emprunteurs. La quasi-totalité des contrats prévoit une clause de solidarité : chacun doit la totalité de la dette à la banque, et pas seulement sa moitié.
Concrètement, si votre ex arrête de payer, la banque peut vous demander l’échéance entière. Un accord entre vous, même écrit, ne lui est pas opposable. Un jugement de divorce non plus, tant qu’elle n’a pas accepté de modifier le prêt.
Le mécanisme est le même que vous soyez mariés, pacsés ou en concubinage. Seule la manière de récupérer l’argent auprès de votre ex change. Les règles générales du crédit immobilier s’appliquent sans exception liée à la rupture.

Les premiers réflexes dès le premier impayé
N’attendez pas la troisième échéance. Plus l’impayé dure, plus les options se ferment.
- Contactez la banque vous-même. Expliquez la séparation, demandez le détail des sommes dues et les solutions possibles (report d’échéances, modulation, allongement de durée).
- Réglez au moins votre part, idéalement la totalité. C’est ce qui évite la déchéance du terme, c’est-à-dire l’exigibilité immédiate de tout le capital restant dû.
- Gardez des preuves. Relevés bancaires, virements, courriers. Ces pièces serviront à chiffrer votre créance contre votre ex.
- Mettez votre ex en demeure par écrit. Une lettre recommandée qui rappelle son obligation fixe une date et montre votre bonne foi. Notre article sur la mise en demeure de payer explique comment la rédiger.
Si vous ne pouvez pas assumer seul les mensualités, dites-le à la banque sans attendre. Le juge peut aussi accorder des délais de grâce, dans la limite de deux ans, à un débiteur de bonne foi.
Fichage et déchéance du terme : les risques réels
Deux menaces pèsent sur vous.
La première, c’est l’inscription au fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP), tenu par la Banque de France. Elle concerne chaque co-emprunteur et complique fortement l’accès à un nouveau prêt, y compris pour racheter le logement.
La seconde, c’est la déchéance du terme. Après une mise en demeure restée sans effet, la banque peut exiger tout le capital d’un coup, puis engager des poursuites qui peuvent aller jusqu’à la saisie du logement.
Mais ces scénarios ne tombent pas du jour au lendemain. Un emprunteur qui prévient tôt et qui paie au moins une partie garde en général une marge de négociation.

Récupérer l’argent payé à la place de votre ex
Payer pour deux ne veut pas dire faire cadeau de la moitié. Le chemin pour vous rembourser dépend de votre situation de couple.
| Situation | Qui décide du paiement du prêt pendant la séparation | Comment récupérer les sommes |
|---|---|---|
| Mariés, divorce en cours | Le juge aux affaires familiales, dans ses mesures provisoires | Comptes faits lors de la liquidation du régime matrimonial |
| Pacsés ou concubins propriétaires en indivision | Personne d’office, chacun reste tenu envers la banque | Créance contre l’indivision, réglée au partage, ou action en justice |
Pour un couple marié, la demande au juge aux affaires familiales est souvent la voie la plus rapide. Il peut attribuer la jouissance du logement à l’un et fixer qui rembourse le prêt en attendant le partage.
Pour les pacsés et concubins, les remboursements d’un bien indivis sont en principe pris en compte au moment du partage. Le détail de cette procédure figure dans notre guide pour sortir de l’indivision après une séparation.
Sortir du prêt pour de bon
Tant que vous restez tous les deux sur le contrat, le risque demeure. Trois issues existent.
Le rachat de soulte. L’un rachète la part de l’autre et reprend seul le crédit. La banque doit accepter la désolidarisation du partant, ce qui suppose que celui qui reste ait des revenus suffisants.
La vente du bien. Le prix rembourse le capital restant dû, puis le solde est partagé. C’est souvent la solution la plus nette quand aucun des deux ne peut reprendre seul l’emprunt.
Le partage judiciaire. Si votre ex bloque tout, sachez que nul n’est contraint de rester en indivision. Le tribunal peut ordonner le partage et, à défaut d’accord, la vente aux enchères. Nous expliquons ce mécanisme dans notre article sur le dénouement de l’indivision.

À mon sens, la vente amiable reste la voie la moins coûteuse quand le dialogue est encore possible. Une vente forcée se fait souvent en dessous du prix du marché.
Quand faire appel à un professionnel
Si vous êtes mariés, la question du crédit gagne à être réglée dans la convention ou le jugement de divorce. Un accord négocié évite des années de procédure, comme nous l’expliquons dans pourquoi préférer le divorce à l’amiable.
Un avocat ou un notaire devient vraiment utile dès qu’il y a un blocage : refus de vendre, désaccord sur la valeur, sommes importantes à récupérer. Et si les dettes deviennent impossibles à tenir, la commission de surendettement de la Banque de France peut être saisie.
Questions fréquentes sur le crédit immobilier après une séparation
La banque peut-elle me réclamer la totalité des mensualités ?
Oui, si le contrat de prêt prévoit une clause de solidarité, ce qui est presque toujours le cas entre co-emprunteurs. La banque peut alors exiger de vous l’intégralité des échéances, quelle que soit la répartition décidée entre vous et votre ex. La séparation ne change rien à cet engagement.
Puis-je récupérer les sommes payées à la place de mon ex ?
Oui. Les échéances réglées au-delà de votre part peuvent être réclamées à votre ex, soit lors de la liquidation du régime matrimonial ou du partage de l’indivision, soit par une action en justice. Gardez tous les relevés qui prouvent vos paiements.
Puis-je être fiché à la Banque de France à cause de mon ex ?
Oui. En cas d’incident de remboursement caractérisé, la banque peut déclarer chaque co-emprunteur au fichier FICP, même celui qui pensait que l’autre payait. C’est une raison de plus pour réagir dès le premier impayé.
La désolidarisation du prêt est-elle automatique après un divorce ?
Non. Le jugement de divorce peut décider qui garde le bien et qui rembourse, mais il ne s’impose pas à la banque. Pour être libéré du prêt, il faut son accord explicite, généralement donné quand celui qui reste présente une solvabilité suffisante.







