Vous ouvrez votre relevé de carrière et vous tombez sur deux lignes bien distinctes : la retraite de base, puis un nombre de points Agirc-Arrco. Ce second chiffre, beaucoup de salariés ne savent pas le lire.
Pourtant, pour un salarié du privé, la retraite complémentaire pèse lourd dans la pension totale. Et plus votre salaire dépasse le plafond de la Sécurité sociale, plus sa part grimpe.
Comprendre comment se forment vos points vous évite de mauvaises surprises le jour du départ.

Retraite complémentaire : de quoi parle-t-on ?
Le système français fonctionne en deux étages pour la plupart des actifs. Le premier, la retraite de base, se calcule en trimestres et sur un salaire annuel moyen. Le second, la retraite complémentaire, fonctionne par points.
Les deux sont obligatoires. Vous ne choisissez ni de cotiser ni l’organisme : tout dépend de votre statut.
Pour une vue d’ensemble des deux étages et de leur articulation, consultez notre article sur le calcul de la retraite de base et complémentaire. Ici, on se concentre sur le régime complémentaire lui-même : qui en dépend, comment il fonctionne et quelles démarches prévoir.
| Votre statut | Régime complémentaire |
|---|---|
| Salarié du privé, cadre ou non-cadre | Agirc-Arrco |
| Agent contractuel de la fonction publique | Ircantec |
| Fonctionnaire | RAFP (retraite additionnelle de la fonction publique) |
| Artisan ou commerçant | Régime complémentaire des indépendants |
| Profession libérale | Caisse propre à chaque profession |
Agirc-Arrco : un régime unique depuis 2019
Pendant des décennies, les cadres cotisaient à l’Agirc et l’ensemble des salariés à l’Arrco. Les deux régimes ont fusionné au 1er janvier 2019.
Depuis, la distinction entre cadre et non-cadre ne joue plus sur le calcul des points. Ce qui compte, c’est la part de votre salaire située sous le plafond annuel de la Sécurité sociale (tranche 1) et celle située au-dessus (tranche 2), dans la limite de huit fois ce plafond.
Les cotisations sont partagées entre vous et votre employeur. Elles apparaissent sur votre bulletin de paie, à côté des cotisations patronales versées pour les autres risques sociaux.
Les taux évoluent par accord entre syndicats et organisations patronales. Vérifiez donc les chiffres de l’année en cours sur le site du régime plutôt que dans un vieil article.
Comment vos points sont calculés
Le mécanisme tient en deux opérations.
- Pendant votre carrière : chaque année, vos cotisations sont divisées par le prix d’achat du point (appelé salaire de référence). Le résultat, ce sont les points inscrits sur votre compte.
- Au départ : le total de vos points est multiplié par la valeur de service du point. Vous obtenez le montant annuel brut de votre pension complémentaire.
Le prix d’achat et la valeur du point sont fixés par le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco. La valeur du point est en principe revalorisée chaque année au 1er novembre.
Prenons l’exemple d’une salariée qui a travaillé quarante ans dans plusieurs entreprises. Elle n’a aucun calcul à faire : ses points sont reportés chaque année sur son relevé. Mais si elle a connu une longue période sans emploi ni indemnisation, elle verra un trou dans ses points, et c’est là que le relevé mérite une lecture attentive.

Les périodes qui rapportent des points sans cotisation
Vous n’acquérez pas des points uniquement quand vous travaillez. Certaines périodes donnent droit à des points dits gratuits, sous conditions :
- le chômage indemnisé par France Travail (anciennement Pôle emploi)
- les arrêts pour maladie, maternité, accident du travail ou maladie professionnelle, au-delà d’une certaine durée
- l’invalidité, selon votre situation
Si vous avez connu un long arrêt maladie, vérifiez que la période figure bien sur votre relevé. Les oublis existent, surtout quand l’employeur a changé entre-temps.
Et pour les parents ? Le régime prévoit une majoration de pension pour ceux qui ont eu ou élevé au moins trois enfants, dans la limite d’un plafond. Les modalités exactes sont détaillées sur le site de l’Agirc-Arrco.
Âge de départ et malus : ce qui a changé
La retraite complémentaire se demande en même temps que la retraite de base. Pour la percevoir sans minoration, il faut en principe avoir obtenu le taux plein dans le régime de base.
Un départ plus précoce reste parfois possible. Le prix à payer : un coefficient de réduction appliqué à vie.
Un point a beaucoup fait parler ces dernières années : le coefficient de solidarité, ce malus temporaire infligé à ceux qui partaient dès l’obtention de leur taux plein. Les partenaires sociaux l’ont supprimé en 2023 pour les départs à partir du 1er décembre 2023, puis pour les retraités qui le subissaient encore, à compter d’avril 2024.
Quant à l’âge légal, la réforme de 2023 a prévu un relèvement progressif dont le calendrier a été rediscuté depuis. Mon conseil : vérifiez votre âge de départ personnel dans votre espace info-retraite plutôt que de vous fier à un chiffre lu au hasard.
Vous envisagez de cesser votre activité avant cet âge ? La préretraite obéit à d’autres règles, souvent liées à un accord d’entreprise ou à un métier pénible.

Réversion : ce que touche le conjoint survivant
Au décès d’un salarié ou d’un retraité, son conjoint ou ex-conjoint peut percevoir une pension de réversion Agirc-Arrco égale à 60 % des points du défunt.
Deux conditions principales : avoir en principe au moins 55 ans et ne pas être remarié. À la différence du régime de base, aucune condition de ressources n’est exigée.
En cas de divorces successifs, la pension est partagée entre les ex-conjoints au prorata de la durée de chaque mariage.
Les démarches, étape par étape
- Consultez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr, qui regroupe tous vos régimes, base et complémentaire.
- Signalez les erreurs (période manquante, employeur absent) en joignant bulletins de paie ou attestations.
- Faites une simulation avec l’outil du même site pour estimer votre pension selon l’âge de départ.
- Déposez une demande unique en ligne environ six mois avant la date choisie. Elle vaut pour la base et la complémentaire.
Pour aller plus loin, notre guide sur le bilan retraite explique comment faire le point quelques années avant l’échéance.
Vous avez été indépendant une partie de votre carrière ? Vos cotisations complémentaires étaient alors appelées par l’Urssaf, et ces droits apparaissent eux aussi dans le relevé inter-régimes.
Gardez vos bulletins de salaire. Franchement, c’est la meilleure preuve en cas de désaccord sur vos points, et aucun organisme ne les conservera à votre place.

Questions fréquentes sur la retraite complémentaire
Quelle est la différence entre retraite de base et retraite complémentaire ?
La retraite de base se calcule en trimestres et sur un salaire annuel moyen. La retraite complémentaire fonctionne par points : vos cotisations achètent des points, convertis en pension au moment du départ. Les deux sont obligatoires et se cumulent.
Peut-on toucher la retraite complémentaire sans la retraite de base ?
En règle générale, non. La pension Agirc-Arrco se demande en même temps que la retraite de base, et un versement sans minoration suppose d’avoir obtenu le taux plein dans le régime de base. Un départ anticipé reste possible dans certains cas, avec une réduction définitive.
Comment connaître son nombre de points Agirc-Arrco ?
Votre nombre de points figure sur votre relevé de carrière, consultable dans votre espace personnel sur info-retraite.fr ou sur le site de l’Agirc-Arrco. Il est mis à jour chaque année à partir des déclarations de vos employeurs.
Le malus Agirc-Arrco existe-t-il encore ?
Non. Le coefficient de solidarité, qui réduisait temporairement la pension de certains nouveaux retraités, a été supprimé pour les départs à partir du 1er décembre 2023. Les retraités qui le subissaient encore ont retrouvé une pension complète à compter d’avril 2024.







