Plus de nouvelles depuis dix ans, une rupture violente, ou simplement l’envie d’aider davantage un autre enfant. Beaucoup de parents se posent un jour la question : puis-je laisser un enfant sans rien ?
En France, la réponse courte est non.
Le droit français protège les enfants par la réserve héréditaire, une part de la succession que personne ne peut leur retirer, même par testament. Il existe des marges de manœuvre, et une exception réelle, mais elles sont étroites.
La réserve héréditaire : le verrou du droit français
Vos enfants sont des héritiers réservataires. L’article 913 du Code civil leur garantit une fraction de votre patrimoine. Le reste, la quotité disponible, peut aller à qui vous voulez : un autre enfant, votre conjoint, un ami, une association.
| Nombre d’enfants | Réserve globale | Quotité disponible |
|---|---|---|
| 1 enfant | 1/2 | 1/2 |
| 2 enfants | 2/3 (1/3 chacun) | 1/3 |
| 3 enfants ou plus | 3/4 partagés à égalité | 1/4 |
Le calcul ne porte pas seulement sur ce que vous laissez au décès. Les donations faites de votre vivant sont réunies fictivement aux biens existants pour vérifier que la réserve est respectée.
Si un testament ou une donation empiète sur la réserve, l’enfant lésé peut agir en réduction. Il dispose en principe de cinq ans après le décès, ou de deux ans à partir du jour où il a découvert l’atteinte, sans dépasser dix ans après le décès.
Pour les règles générales de dévolution, notre page sur le droit des successions pose le cadre.
L’indignité successorale, la seule vraie exclusion

Un enfant ne perd totalement ses droits que s’il est déclaré indigne de succéder. Ce n’est pas un choix du parent. C’est une sanction prévue par la loi, pour des faits graves commis contre le défunt.
Deux cas existent :
- L’indignité de plein droit (article 726 du Code civil) frappe celui qui a été condamné à une peine criminelle pour avoir donné ou tenté de donner la mort au défunt, ou pour des violences ayant entraîné sa mort sans intention de la donner.
- L’indignité facultative (article 727) peut être prononcée par le tribunal judiciaire pour d’autres faits, par exemple certaines condamnations correctionnelles pour des atteintes graves au défunt, un faux témoignage contre lui en matière criminelle ou une dénonciation calomnieuse.
L’indignité facultative doit être demandée par un autre héritier, en principe dans les six mois du décès. Et les enfants de l’indigne ne sont pas punis : ils peuvent venir à la succession à sa place, par représentation.
Une brouille, un silence de vingt ans ou une ingratitude ordinaire ne suffisent pas. Ça peut paraître injuste à certains parents, mais c’est la règle.
Ce que vous pouvez faire légalement
À défaut de déshériter, vous pouvez réduire la part d’un enfant au minimum légal. Plusieurs outils le permettent.
Le testament sur la quotité disponible
Vous attribuez toute la quotité disponible à d’autres bénéficiaires. L’enfant concerné ne recevra que sa part de réserve. Les conditions de forme sont détaillées dans notre article pour faire un testament valable.
Les donations
Une donation hors part successorale (anciennement « préciputaire ») à un autre enfant s’impute sur la quotité disponible. Elle avantage le bénéficiaire sans dépasser la réserve des autres.
Le conjoint survivant
Avec une donation entre époux, votre conjoint peut recevoir davantage, notamment l’usufruit de la totalité des biens. Les options sont présentées dans notre page sur les droits du conjoint survivant.
L’assurance vie
Les capitaux versés au bénéficiaire désigné échappent en principe à la succession et donc à la réserve. Limite connue : des primes manifestement exagérées par rapport à vos revenus et à votre patrimoine peuvent être réintégrées à la demande des héritiers. Les enfants exclus se demandent alors souvent s’ils peuvent connaître le bénéficiaire de l’assurance vie.
La renonciation anticipée de l’enfant
Un enfant peut accepter, de votre vivant, de renoncer à contester une libéralité qui entamerait sa réserve. Cet acte se signe devant deux notaires. Il suppose son accord libre, ce qui le réserve aux familles où le dialogue existe encore.
Et avec une loi étrangère ?

Depuis le règlement européen sur les successions, la loi applicable est en principe celle de la dernière résidence habituelle du défunt. Une personne installée dans un pays qui ignore la réserve peut aussi choisir la loi de sa nationalité.
La Cour de cassation a jugé en 2017 qu’une loi étrangère ne connaissant pas la réserve n’était pas, à elle seule, contraire à l’ordre public français. Mais le législateur a réagi. Une loi du 24 août 2021 a créé un prélèvement compensatoire sur les biens situés en France, au profit des enfants privés de leur réserve, dans certaines situations liées à l’Union européenne.
Ces dossiers internationaux sont techniques. Un avocat ou un notaire habitué aux successions internationales est vivement recommandé.
Avant de vous décider

Réduire la part d’un enfant au strict minimum est légal. Mais une succession déséquilibrée se termine souvent en procès entre frères et sœurs, avec des comptes à refaire et un partage bloqué pendant des années.
À mon sens, la meilleure protection reste la clarté : un notaire consulté tôt, des donations bien qualifiées, un testament sans ambiguïté. C’est ce qui facilite ensuite la liquidation et le partage du patrimoine.
Questions fréquentes sur l’exhérédation d’un enfant
Peut-on déshériter totalement un enfant par testament ?
Non. En droit français, l’enfant est héritier réservataire et a droit à une part minimale de la succession. Un testament qui l’exclut peut être réduit à sa demande. Seule l’indignité successorale l’écarte entièrement.
Quelle part revient au minimum aux enfants ?
La réserve globale représente la moitié des biens avec un enfant, les deux tiers avec deux enfants et les trois quarts avec trois enfants ou plus. Elle se partage à parts égales entre eux.
L’assurance vie permet-elle de contourner la réserve ?
Les capitaux d’assurance vie sont en principe hors succession. Mais si les primes versées étaient manifestement exagérées au regard des ressources du souscripteur, les héritiers peuvent demander qu’elles soient réintégrées.
Un enfant peut-il renoncer à sa réserve du vivant de son parent ?
Oui, par une renonciation anticipée à l’action en réduction. L’enfant y consent par un acte authentique reçu par deux notaires. C’est un engagement lourd, qu’il vaut mieux signer en connaissance de cause.







